Le Pape du Salut et les bonus de Wall Street

mars 18, 2009 on 7:52 | In Economie, France, Incongruités, Insolite, International | 8 Comments

Benoît XVI est en Afrique. Le seul continent où l’Eglise catholique constate une augmentation du nombre de fidèles. Le continent aussi que le SIDA frappe le plus durement. Et que déclare Benoît? Que le préservatif n’est pas la bonne réponse pour se protéger, mais qu’il faut pratiquer l’abstinence. Se rajoutent à cette déclaration la théorie catholique sur l’infaillibilité papale, qui interdit de revenir en arrière, et le nom choisi par l’ex-cardinal Ratzinger. En latin, c’est « Benedictus », soit « Bien-disant ».

C’est dire tout le poids qu’il faut attacher à cette papale parole.

Le problème, c’est que les fidèles semblent plus abonnés à une autre radio qu’à Radio Notre-Dame, qu’ils sont révoltés parce qu’ils perçoivent comme une nouvelle preuve, après la levée d’excommunication des lefébristes, de la radicale déconnexion du Pape d’avec le monde dans lequel eux vivent.

Faut-il donc croire que ce pape ne comprend rien d’autre que la théologie, dont il a longtemps été le gardien aux côtés de son prédécesseur, Jean-Paul II? La réponse est « oui », et c’est même pour cela qu’il a été élu. Un pape n’est pas là pour « admettre », pour « tolérer », pour « faire des compromis ». Sa mission à lui, c’est l’Eglise de Jésus-Christ, et le salut des humains. Pas leur taux de morbidité ou de mortalité qui, pour lui, sera toujours de 100%.

Il y a là un curieux paradoxe. Les Protestants croient en la parole bliblique et rien d’autre. Ils ont donc un support de foi inchangé depuis des millénaires, et donc non « modernisable ». L’Eglise catholique, elle, croît non seulement en la Bible, mais aussi dans les rajouts et compléments de 2000 ans de papauté. Ceci pourrait permettre de moderniser l’Église sans trahir le support de la foi. Ainsi, c’est en 1950 que l’Eglise a encore changé le dogme sur Marie, après près de 2000 ans de réflexion. Et voilà qu’une fois de plus, c’est l’Eglise catholique qui apparaît moins « moderne » que les Eglises protestantes.

L’autre point paradoxal est que la Bible, pour des raisons évidentes, est muette sur le sujet du préservatif. Elle parle masturbation, copulation, débauche, mais contraception, point. La condamnation papale n’est donc pas purement biblique. Elle est en fait indirecte, en ce que le préservatif est le plus souvent la protection du sexe hors mariage, et que, là, on est en plein péché.

Ce que JusMurmurandi suggère benoitement est le point de vue suivant: si un homme a une relation sexuelle non protégée avec une femme avec qui il n’est pas marié, non seulement il commet un péché de chair, et lui en fait commettre un, ce qui en fait un total de deux, mais il se met aussi en danger en même temps qu’il la met en danger. Or le Commandement dit d’aimer son prochain, pas de lui transmettre le SIDA. On peut donc légitimement considérer cette mise en danger consciente comme un péché supplémentaire de chacun des deux participants.

Il y a donc un vrai calcul arithmétique à faire: vaut-il mieux, en s’arc-boutant sur l’abstinence comme moyen d’éviter le SIDA, persuader quelques-uns de ne pas pécher du tout, ou, en reconnaissant l’utilité du préservatif, aider un plus grand nombre à pécher « moins »?

Il y a un parallèle a priori surprenant à faire avec les bonus de Wall Street, et notamment d’AIG, qui offensent tant les Etats-Unis et leur Président. Vaut-il mieux punir les pécheurs, quitte à ce que leur départ de chez AIG affaiblisse encore plus ce qui reste de ce qui fut le premier assureur mondial, et coûte in fine encore plus d’argent aux contribuables? Ou faut-il faire un compromis au nom du réalisme, et limiter les conséquences financières des péchés d’AIG, quitte à passer un pacte avec ceux qui les ont commis?

La différence majeure entre Obama et le Pape, face à ces dilemmes étonnamment voisins, ce n’est pas qu’Obama est noir alors que le Pape se vêt de blanc, ou qu’Obama est laïc et le Pape religieux, ou qu’Obama est protestant et le Pape catholique. C’est que le Pape ne se préoccupe que du Salut, ce qui, par définition, ne se juge que dans l’autre monde. Et que l’espérance de tous les judéo-chrétiens est que celui-ci arrive au plus tôt.

Alors que le défi d’Obama, c’est d’éviter que notre monde tout entier n’y bascule trop vite…

Vive la Résistance !

mars 17, 2009 on 11:45 | In Best of, Coup de gueule, Economie, France, Incongruités, International, Poil à gratter | Commentaires fermés

Quelle frustration que celle des majorités silencieuses qui subissent.

Par exemple les électeurs qui voient la classe politique ouvrir les cordons de la bourse pour ceux qui crient, manifestent ou paradent le plus bruyamment, voir plus si affinités.

Elie Domota et consorts, par exemple, suivez mon regard.

Car rarement cette classe politique, si prompte à défendre bec et ongles les avantages dits acquis de telle ou telle minorité, y compris les siens, ne monte au créneau pour défendre les intérêts de la majorité silencieuse qui encaisse les coups tandis qu’elle décaisse toujours plus d’impôts, taxes et autres délicatesses du même genre pour financer telle ou telle minorité bloquante.

Mais pour une fois il semblerait que l’on ait atteint le seuil de tolérance, de douleur aux Etats Unis.

Le Sénat américain, excédé par les primes versées par l’assureur AIG qui a en parallèle reçu 130 milliards de Dollars d’aide du gouvernement, a exigé de l’entreprise qu’elle revoie immédiatement les contrats de ses salariés afin de neutraliser les bonus et autres primes sous la menace de les imposer au travers d’une nouvelle loi visant à rendre l’argent aux contribuables en assujettissant les primes à de sévères pénalités, de plus de 90%.

De même a t on vu en février dernier en Afghanistan, dans la région de Dara-e-Noor,  les habitants d’un village attaqué par des Talibans qui avaient assassiné un dirigeant politique local prendre ces derniers en chasse. Les villageois ont neutralisé les Talibans et les ont assénés de coups jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Bref, ils ont montré que la majorité habituellement silencieuse et détentrice du  droit pouvait aussi, de temps en temps, ne pas se coucher, montrer les dents, se battre, y compris avec les mêmes armes que les assaillants, et non éternellement subir.

Ce soir, François Chérèque a déclaré qu’il « ne craignait pas d’embrasement social et que bien évidemment il ne le souhaitait pas ».

Peut être est ce (aussi) pour ne pas susciter de vocations chez les citoyens français souhaitant travailler qui vont jeudi prochain subir une fois de plus la grève d’une minorité de salariés, issus du secteur public des transports, qui, eux, ont la garantie de l’emploi etc. etc. (le mot service nous apparaît ici inapproprié).

Au cas où ils seraient tentés d’en venir aux mains avec, par exemple, les conducteurs de la SNCF comme ce fut le cas, si bien caché par les médias, en début d’année….

L’appât du gain

mars 17, 2009 on 7:53 | In Coup de gueule, Economie, France, Incongruités, International | Commentaires fermés

Gordon Brown se dit, maintenant, qu’il eût du se montrer plus ferme il y a 10 ans, à l’issue de la crise asiatique, pour imposer des réformes et des limites aux aspects « casino » de l’économie financière.
Sur un autre plan, le Premier Minstre chinois, Wen Jiabao, se dit préoccupé par les investissements colossaux que la Chine a faits en Bons du Trésor américains. Il veut espérer que les États-unis feront ce qu’ils faut pour rembourser cette dette.

Dans ces deux cas, et de nombreux autres où des « responsables » ont de semblables regrets tardifs, JusMurmurandi se demande vraiment qui peut croire à ces balivernes, sornettes, et contes pour enfants.

Brown savait très bien il y a 10 ans qu’un jour l’économie financière allait faire face à une crise, et que celle-ci serait proportionnelle aux risques prix, c’est à dire colossale. Wen Jiabao sait très bien pourquoi son pays achète des Bons du Trésor américains. Nous sommes tous au courant des déséquilibres structurels massifs qui affectent l’économie mondiale, mais nous faisons semblant de ne rien voir, de ne rien entendre, de ne rien sentir.

Pourquoi? Cela s’appelle l’appât du gain.

En laissant se développer la section « casino » de l’économie financière mondiale, Gordon Brown a permis à la City de Londres de créer quelques centaines de milliers d’emplois fortement rémunérés, et, ce faisant, de propulser l’économie britannique pendant 10 ans. 10 ans où, coïncidence certainement, il a été au pouvoir, comme Chancelier de l’Echiquier d’abord, puis comme Premier Ministre de sa Très Gracieuse Majesté.

Wen Jiabao sait très bien que l’achat de Bons du Trésor américains joue un rôle déterminant dans la décision de toujours renouveler la clause de la nation la plus favorisée dont bénéficie la Chine de la part des Etats-Unis, clause qui favorise les exportations chinoises vers l’Amérique. Clause qui, soit dit en passant, est une véritable escroquerie au dépens de pays véritablement pauvres, et non « pauvre » comme la Chine, 2e économie mondiale, et seule à croître même en 2009 quand le monde entier sera en récession.

Il y a d’autres déséquilibres. Le tandem infernal du déficit budgétaire et du déficit commercial américains. Un jour, il faudra bien payer la note. La dette accumulée par certains pays (France, Italie, Japon notamment), et les déficits budgétaires correspondants. Sans compter les problèmes insurmontables de retraite des systèmes par répartition quand le ratio d’actifs à retraités sera tombé à 1 pour 1 en 2020.

JusMurmurandi entend d’ici les regrets des responsables d’alors, pour ce qu’ils n’auront pas fait en temps plus prospères.

Ainsi les socialistes français, qui ont eu la bonne fortune de gérer la prospérité de la fin des années 80 en ont profité pour créer le RMI, et celle des années 90 l’ont dépensée dans les 35 heures. Qu’ont-ils fait pour éviter la faillite inévitable des retraites? Rien. Pour combler une fois pour toutes le déficit budgétaire? Rien.

Il est tellement plus attirant, et électoralement payant de dépenser tout de suite l’argent qu’on a dans la poche (dans les poches des contribuables, bien entendu), et même celui qu’on aura demain, et après-demain, et encore après. Tellement plus joyeux de présider à la prospérité et à l’abondance d’aujourd’hui et de laisser à un quelconque successeur le fardeau de la crise de demain.

Notre article d’hier comparaît l’affreux parâtre autrichien Fritzl qui a enfermé sa fille et lui a fait 7 enfants en 24 ans d’inceste forcé et les piranhas de la finance internationale, Madoff en tête. Un commentaire a trouvé cet article « dur ». De fait, l’adage qui veut que « plaie d’argent ne soit pas mortelle » conduirait à penser que le sort des investisseurs qui ont perdu ce qu’ils ont confié à Madoff ou leur capital investi en titres Citigroup, AIG ou Lehman est bien clément comparé aux affres infernaux de la fille de Fritzl et de ses petits-enfants. Peut-être. Mais quand on fera le compte des innombrables désespoirs, ruines, dépressions et autres suicides ou folies meurtrières déclenchés chez ceux qui se sentiront -et non sans quelque raison- trahis par un système dont les coupables se votent envers et contre tout des bonus, on verra que Fritzl, par comparaison, n’aura été qu’un artisan de l’horreur, là où auront sévi de puissants industriels.

N’est-il pas temps de créer une section économique des crimes contre l’humanité?

Tabous

mars 16, 2009 on 8:09 | In Economie, France, Incongruités, Insolite, International | Commentaires fermés

L’Autriche aborde avec horreur le procès de Josef Fritzl, qui a pendant des années gardé sa fille enfermée et lui a fait de nombreux enfants, eux aussi enfermés à l’insu du monde extérieur.

Cette horreur vient du nombre de tabous que Fritzl a violés. Dont celui de l’inceste. Mais aussi de l’apparente absence de sentiments d’amour paternel pour sa fille, de tout désir de la protéger. Du rejet aussi de toute « normalité » dans cette affaire.

Nous avons tous vu la photo de la tête hirsute du monstrueux Fritzl

JusMurmurandi se demande si on ne pourrait pas en dire autant, mutatis mutandis, de certains aspects du monde de la finance.

Nous avons tout vu la photo de la tête impeccable du respectable Madoff.

Madoff a orchestré sa fraude pyramidale pendant à peu près autant de temps que Fritzl. Il était évident que l’un comme l’autre finiraient par être découverts. L’un comme l’autre avaient rejeté toute normalité dans leur système pervers. L’un comme l’autre menaient une double vie dont les deux parties étaient séparées et contradictoires.

La loi dit qu’une entreprise doit être gérée « en bon père de famille », et, par extension, que c’est comme cela qu’un gestionnaire doit gérer les fonds qui lui sont confiés. Fritzl a dévoyé son rôle de père, censé être au bénéfice de sa fille, pour la satisfaction de son plaisir personnel. Combien de gestionnaires de fonds ont dévoyé l’usage des fonds qui leur ont été confiés pour la satisfaction de leurs plaisirs personnels (bonus, prestige, pouvoir)?

Fritzl a rejeté toute normalité en s’octroyant du plaisir alors même qu’il soumettait sa fille et ses petits-enfants à un enfermement infernal. Les cadres de Merril Lynch, AIG et autres ont rejeté toute normalité en s’octroyant des bonus alors même qu’ils soumettaient leurs actionnaires et investisseurs à des pertes infernales.

Bien sûr il ne s’agit de dire que les deux phénomènes sont à mettre sur le même plan pénal. Mais qu’en terme de transgression de tabous, il existe des similitudes qui font froid dans le dos…

Joef Fritzl

Bernard Madoff

Brèves

mars 15, 2009 on 10:12 | In Economie, France, Insolite, La Cour des Mécomptes, Poil à gratter | Commentaires fermés

Michel Rocard, éternel second du PS sous François Mitterrand comme Poulidor le fut au cyclisme et à Eddy Merckx, va finalement accepter une mission de Nicolas Sarkozy.

Après avoir qualifié ce dernier de dangereux lors de la campagne à l’élection présidentielle, il accepterait de travailler sur la situation de l’Arctique et de l’Antarctique.

C’est aussi lui qui avait dit que le score de Ségolène Royal en 2007 n’était pas une « victoire » comme l’affirmait la candidate malchanceuse, mais « un point bas » pour le PS.

Allons nous étonner ensuite que l’on lui confie une mission sur les climats aux extrêmes terrestres, lui qui entretient une relation polaire avec la rue de Solférino.

Le porte avions Charles de Gaulle retourne en révision aussitôt après en être sorti.

300 millions d’Euro pour le remettre au goût du jour, 18 mois d’immobilisation pour un navire éternellement en retard pendant sa gestation qui a duré 14 ans, avec un nombre de péripéties impressionnant (incendie de chantier, hélice qui casse etc.); le tout pour un coût total de 3 milliards d’Euro.

Motif invoqué pour ce retour au garage sitôt après la sortie ?

Des vibrations dans les moteurs.

18 mois de révision pour arriver à un tel résultat. A ce tarif là, ce sont surtout les contribuables qui devraient avoir de mauvaises vibrations…
On comprend mieux la volonté de la France de rejoindre l’Otan lorsqu’elle passe de deux porte avions historiques à n’être même plus capable d’en projeter un seul….

Riposte

mars 15, 2009 on 8:24 | In Best of, Coup de gueule, Economie, France, Incongruités | Commentaires fermés

JusMurmurandi est goguenard ce soir après avoir écouté l’ancien Premier Ministre Laurent Fabius déclarer pendant l’émission « Ripostes » qu’il y a un risque de révolte au printemps.

Petite digression.

Laurent Fabius, fils d’un riche antiquaire, est le géniteur de l’IGF, impôt sur les grandes fortunes, et ancêtre de l’ISF. Lorsqu’il voit le jour, il exclut les oeuvres d’art. L’homme est incontestablement intelligent, et…habile.

On ne va quand même pas saper le business de papa même si l’on s’affiche à gauche.

Devenu Premier Ministre, son mandat est malencontreusement sali par l’affaire du sang contaminé. Sa carrière politique en sortira à jamais entachée, même si l’intellect de l’homme est intact.

Alors l’entendre aujourd’hui déclarer qu’il y avait un risque d’embrasement, avec le ton mielleux qui est le sien, c’est tout bonnement insupportable.

Car, en dépit de son brillant intellect, il est comme les membres du PS en ce moment, prompt à critiquer, mais aux abonnés absents lorsqu’il faut passer à l’acte ou encore faire des contre propositions.

Passer à l’acte ? Jack Lang est le seul socialiste qui a accepté de voter la modification de la Constitution qui donne plus d’autonomie et d’autorité au Parlement.

Personne d’autre au PS, comme lorsqu’il s’est agi de voter les mesures de 26 milliards d’Euro destinées à soutenir l’économie, à un moment ô combien critique.

De temps en temps il réussit aussi, comme le passage à l’Euro dont il a la responsabilité pendant la cohabitation de Lionel Jospin durant laquelle il est Ministre de l’Economie, la Mnef ayant eu raison de DSK, et les agents du Ministère de Christian Sautter (a contrario d’Eric Woerth qui, lui, a maintenant réussi la simplification que Sautter a ratée.)

Aujourd’hui, Fabius annonce la catastrophe, tel l’homme qui sourit en soufflant sur les braises.

Voilà qui est vraiment utile pour la Nation.

Mais bon, cela ne fait il pas 7 ans qu’il n’est plus aux affaires, qu’il n’est plus président de l’Assemblée et, tout grand bourgeois qu’il est, s’est affiché aux côtés des communistes pour inviter (avec succès hélas) les Français à rejeter le projet de Constitution européenne en 2005. Ce qui lui vaudra un vote pour l’exclure du PS en juin 2005…

Lui qui pense qu’il sait toujours mieux que tout le monde et sait qu’il pense de même, n’est arrivé que triste troisième derrière DSK et Ségolène pour la candidature PS aux élections présidentielles de 2007. Une espèce de Juppé de gauche, en ce qu’il a raté l’héritage de son père politique, François Mitterrand, après avoir été le plus jeune Premier Ministre que la France ait connu.

Une belle mécanique, qui ne sait fonctionner quasiment qu’à contre courant….Et même pas recyclable avec l’ouverture aux membres du PS de Sarkozy…

Bref, c’est un sentiment de tristesse, de mélancolie qui assaille JusMurmurandi ce soir en l’écoutant parler.


Clash Chirac Fabius 1986

Faire le Total!

mars 14, 2009 on 8:32 | In Best of, Coup de gueule, Economie, France, International | Commentaires fermés

On connaissait déjà l’expression « faire la totale », pour désigner une opération faite au maximum, l’expression « faire le total », pour désigner une addition, voici maintenant « faire le Total », comme l’entreprise éponyme qui conjugue profits record et suppressions de postes.

Il faut dire que Total est déjà coupable, parce qu’ils ont dégagé un profit record pour une entreprise française de14 milliards d’euros. Il y a en France une vieille incapacité à aimer ses entreprises. Une idée marxisante suivant laquelle le profit ne peut être que le produit de l’exploitation des collaborateurs et des clients, ou catholicisante suivant laquelle le profit est, comme le culte de Mammon, « mal ».

Peu importe que Total n’ait, proportionnellement, pas gagné plus que ses rivaux, tous étrangers, ce qui montre qu’il a suivi les courbes de son industrie. Peu importe que Total n’ait aucune chance de renouveler cette performance aujourd’hui, compte tenu de l’effondrement du prix du pétrole et de la baisse de la demande survenus entre temps. Peu importe que Total paye d’autant plus d’impôts qu’il fait plus de bénéfices.

Alors, quand Total annonce qu’il va restructurer sa division raffinage, avec pour effet de supprimer 550 emplois à Gonfreville, c’est l’hallali. Peu importe qu’il n’y ait pas licenciements secs. Peu importe que Total investisse pour moderniser son outil de production. Peu importe que Total soit créateur net d’emplois en France. Aucun mot n’est trop dur pour condamner Total, et mettre face à face les profits d’un côté, et les suppressions d’emplois de l’autre.

Il est clair que Total n’a pas du être surpris de cette levée de boucliers et de la bordée d’insultes qui va avec. On peut donc se demander pourquoi ils n’ont pas attendu de publier des résultats du premier trimestre 2009, en forte baisse, pour que la pilule passe plus facilement.

Peut-être Total croit-il simplement que le droit suffit en France, et que le fait de ne pas remplacer des employés partant en retraite est un droit clair, puisqu’il n’y a pas de licenciements à justifier. Ce serait curieux de la part de la société qui a été agressée pour le naufrage de l’Erica, au mépris de toute la législation et de la jurisprudence existantes.

Croire que le droit suffit en France? Total ferait mieux de lire JusMurmurandi, tant il y d’exemples où hommes politiques, syndicats, groupes de pression et autres communautés d’intérêts ignorent froidement la loi dans leur quête du pouvoir et de l’argent. Et qui, le plus souvent, arrivent à leurs fins. Les violations de la loi à la Guadeloupe et à la Martinique se sont révélées payantes, et la séquestration du patron de Sony aussi.

JusMurmurandi a une solution simple à proposer à Total. Quand il y aura trop de profits, la prochaine fois, il suffira de les confier à un gourou de la finance infiniment respectable, qui se chargera de les faire disparaître en vitesse. Ce qui s’appelle subir une perte Total…. Comme cela, Total sera une victime qui prendra à regret les nécessaires mesures de restructuration, et non la multinationale sans foi ni loi qu’elle est menacée d’être aujourd’hui.

Comme quoi les Madoff de notre monde ont encore de beaux jours devant eux….

Mourir pour Madoff?

mars 13, 2009 on 7:39 | In Coup de gueule, Economie, France, Incongruités, Insolite, International | Commentaires fermés

L’affreux Bernard Madoff est en prison. L’homme qui a escroqué pas moins de 50 milliards de dollars a dormi sur la paille humide des cachots. L’homme qui a dépouillé les retraités et autres fondations charitables (mais pas seulement, bien sûr) va être condamné si lourdement, puisqu’il a plaidé coupable et qu’il risque jusqu’à 150 ans de prison, qu’il mourra sûrement derrière les barreaux.

Justice est, enfin, en train d’être faite!

En apparence tout au moins Car, JusMurmurandi, qui aime faire ressortir les paradoxes, se dit que tout n’est pas forcément aussi simple, voire simpliste que cette fable où les méchants sont punis, même si, en ces temps de crise, les gentils en sont pas forcément récompensés.

Car, qu’a fait Madoff? A-t-il détourné ces mythiques 50 milliards vers sa propre poche? Non, il les a distribués à d’autres clients. Certes, au passage il s’est rémunéré, mais pas plus qu’il n’est d’usage à Wall Street, et même moins que d’autres. Donc on ne peut pas véritablement l’accuser de vol. Mais comme il n’a pas exactement redistribué aux pauvres, il n’est pas exactement Soeur Emmanuelle non plus. Ni même Jesse James.

Alors quel est le crime de Bernard Madoff, si 50 milliards de dollars se sont envolés, mais qu’il ne les a pas volés? C’est qu’en fait, il a promis à ses clients des placements qu’il n’a pas faits, et des rendements qu’il n’a obtenus qu’en faisant semblant, et, en réalité, en redonnant à ses investisseurs plus anciens l’argent reçu des plus récents. Bref, il n’a pas fait ce qu’il a dit, il a menti, et ceux qui l’ont cru ont perdu leur mise.

La question impertinente (mais peut-être pertinente aussi!) de JusMurmurandi est la suivante: si mentir à des gens dont on perd l’argent mène tout droit à la case prison, alors ne faudrait-il pas s’interroger sur de nombreuses entreprises et pas « seulement » sur Madoff? Par exemple sur AIG, anciennement premier assureur du monde, qui a pris des risques tels que sa survie coûte des centaines de milliards aux contribuables américains, sans compter ses actionnaires dont l’argent a été perdu? AIG ne leur avait-il pas raconté une toute autre histoire, faite de sûreté, que celle de quasi-casino qu’il a véritablement menée? Lehman, qui a été balayé par la tourmente, n’en a-t-il pas fait autant? Et les banques qui ont dû être sauvées par les contribuables, mais pas sans avoir au passage quasi essoré leurs actionnaires, leur ont-elles dit qu’il risquaient de tout perdre? JusMurmurandi croit plutôt quelles ont raconté l’inverse.

Bien sûr, la différence est que la structure même de l’activité de Madoff était malhonnête, à la différence de celle de Citigroup ou AIG

Mais quand l’actionnaire de Citigroup perd 98% de son capital en 22 mois (de plus de 50 dollars à moins d’un dollar par action en moins de deux ans!), les 2% qui lui restent suffisent-ils à le convaincre qu’il n’a pas été floué de fausses promesses comme les pigeons de Madoff, dont les liquidateurs ont retrouvé jusqu’ici un montant qui, par rapport à l’investissement initial, se monte à … 2% ?

Contre-feux!

mars 12, 2009 on 8:10 | In Coup de gueule, France, Incongruités | Commentaires fermés

Quand la plaine était en feu, et que celui-ci menaçait de s’étendre, que faisaient nos ancêtres qui ne disposaient pas de Canadair? Ils allumaient des contre-feux pour brûler par avance et de façon contrôlée ce que le feu allait utiliser comme combustible, le détourner et l’asphyxier. Cette méthode a conservé toute son actualité, à observer comment les politiques de tout bord l’utilisent.

Honneur aux dames, Martine Aubry par exemple lance une diatribe au vitriol contre Nicolas Sarkozy sur le sujet des libertés publiques. Aucun mot n’est trop dur dans ce « livre noir »: à commencer par le titre: »La France en liberté surveillée, la République en danger », un texte qui « prévoit d’appliquer aux internautes des mesures réservées jusqu’ici aux terroristes », les « restrictions de liberté », comme si Sarkozy « voulait que ceux qui souhaitent s’exprimer sur ce qui en va pas ne puissent pas le faire », et ainsi de suite.

JusMurmurandi n’avait pas noté que ce soit une préoccupation majeure des Français, et se considère suffisamment exigeant et intransigeant sur le sujet des libertés pour trouver ces termes incongrus.

Martine Aubry va plus loin: elle parle de « rafles de sans-papiers ». L’allusion à Vichy est transparente. Traiter de vichyste un Président qui voue un culte à la Résistance est le moyen le plus sûr de le faire perdre son calme, voire même intenter un procès, ce qui serait pain bénit pour le PS.

Mais Martine Aubry ne donne pas dans l’invective gratuite. Elle est trop fine pour ne pas savoir qu’elle a utilisé une expression qu’on qualifiera, à son choix, d’ambigüe ou de glauque. Mais pendant que l’attention des medias se porte sur ce brûlot (tiens, encore une allusion à un incendie), peut-être accorderont-ils moins de place à l’actualité du PS, où le marchandage des places sur les listes pour les élections européennes tourne au pugilat en place publique (encore un). C’est le contre-feu.

Mais Martine Aubry n’est pas la seule à user de cette méthode.

Ivan Colonna et ses avocats ont un problème: comment détourner l’attention de tout ce qui a fait condamner le berger corse pour l’assassinat du préfet Erignac. Sachant que ce « tout », c’est avant tout (si j’ose dire), les aveux de ses propres complices, qui, eux, ont avoué que c’est leur bande qui a commis le crime. Alors tout est bon pour détourner l’attention de ces aveux qui posent problème. Notamment le témoignage d’un policer qui dit en avoir informé d’autres que d’autres membres du commando seraient encore en liberté… ce qui ne disculpe en rien Colonna. Et ainsi, de témoins qui, vivant en Corse dans le village même de la famille Colonna, se rétractent ou se font porter pâles, de segments d’enquêtes prétendument mal conduites en demande de révocation du Président de la Cour, on détourne l’attention, ou on tente de la faire, de ce qui fâche. Il faut dire que, en Corse, les contre-feux sont une méthode ancestrale…

La finance mondiale, elle aussi est en feu. Et menace notre monde d’un ère glaciaire, avec forte régression du PNB et du niveau de vie de tous.

Et le monde, désespérément cherche un contre-feu. Mais là, ce n’est plus pour détourner l’attention…

L’Etat des Banques

mars 11, 2009 on 6:08 | In Coup de gueule, Economie, France, International | Commentaires fermés

Quel Français ne se souvient de 1981? Le 10 mai, François Mitterrand est élu Président de la République. Il gagne les élections législatives qu’il organise dans la foulée, et applique son programme, négocié en commun avec le Parti Communiste Français de George Marchais. Et notamment nationalise les 40 plus grandes banques françaises. les justifications de ce mouvement purement idéologique font référence aux nationalisations de 1945 ou du Front Populaire. Ambiance…

2009. Pas de socialistes à la mode Mitterrand à l’horizon, encore moins de communistes, qui ont disparu de la scène mondiale. Pourtant, après cette semaine, un certain nombre des plus grandes banque mondiales sont, à leur tour, nationalisées, à commencer par la plus grande banque d’entre elles, Citigroup. Avec elle, son seul rival américain, Bank of America. En Grande-Bretagne, autre temple de la libre entre prise et de la finance mondiale, Lloyd’s rejoint dans le giron de l’Etat la Royal Bank of Scotland, soit les deuxième et troisième banques britanniques. Elles rejoignent ainsi le groupe des banques que seul le soutien d’un Etat maintient solvables, comme Dexia, ING, ABN Amro, Fortis, UBS, l’ensemble Caisses d’Epargne-Banques Populaires et autres.

Soit, à vue de nez, 7 des 20 plus grandes banques mondiales. Sans compter la plus grande compagnie d’assurance mondiale, AIG, ou les réassureurs immobiliers Fanny Mae et Freddie Mac.

La nationalisation serait-elle une nouvelle modernité, ou le seul moyen de survie de banques qui ont excédé leurs et limites et les contribuables qui sont ulcérés de devoir payer pour leur folies?

Il est clair que seule l’urgence et non un quelconque plan à conduit à ces opérations le plus souvent conduites le week-end pour ne pas entraîner, avant qu’elles n’aient abouti, de turbulences que le marché n’aurait pu absorber.

C’est si vrai que Lloyd’s Bank était la banque anglaise considérée comme la mieux gérée et la plus rentable, et que c’est à ce titre que les autorités britanniques lui ont demandé de sauver HBoS en déconfiture, la composante Bank of Scotland n’ayant pas su gérer son acquisition du spécialiste immobilier Halifax. Pour sauver HBoS, c’est fait, mais au prix de devoir à son tour sauver son sauveur, Lloyd’s. Le bénéfice de l’opération n’est pas évident. Le même schéma aux Etats-Unis, où le plus gros courtier en bourse du monde, Merrill Lynch, menace ruine. En un week-end, le Trésor américain l’adosse à la rentable Bank of America. Sauvetage réussi, sauf que Bank of America à son tour doit passer dans le giron de l’Oncle Sam, n’ayant pas pu trouver ailleurs les dizaines de milliards nécessaires à conforter son bilan rongé par la crise et les pertes ruineuses de sa nouvelle acquisition.

Pour être honnête, ce ne sont pas uniquement les fusions orchestrées par les autorités monétaires qui se sont révélées catastrophiques. L’acquisition d’ABN Amro après une bataille d’enchères gagnée (si l’on peut dire) par la Royal Bank of Scotland contre Barclay’s l’a été à un tel prix que la crise a fait imploser le bilan de la RBS, la précipitant dans le giron de la Couronne britannique. On ne peut que souhaiter qu’il n’en aille pas de même avec l’acquisition à venir de Fortis par BNP-Paribas.

En sens inverse, Barclay’s Bank, la vénérable institution britannique qui perdit la bataille pour ABN-Amro a de quoi se consoler. Immédiatement après la faillite de Lehman Brothers, faillite qu’on considère aujourd’hui comme une erreur aux conséquences colossalement négatives, Barclay’s a racheté l’essentiel des actifs de Lehman pour une bouchée de pain, ce qui lui a donné le droit de choisir parmi les équipes de la banque d’affaires ceux des collaborateurs qui lui convenaient. Résultat: au 4e trimestre, les bénéfices de Barclay’s sont dus à une plus-value de 20 milliards de dollars sur les actifs de Lehman. Plus-value ahurissante quand on sait qu’elle a été calculée sur des valeurs de marché particulièrement déprimées, et qu’on peut donc imaginer qu’il y en aura d’autres quand le marché, un jour se redressera.

Ce qui indiquerait que la vente des dépouilles de Lehman à Barclay’s a été aussi mal gérée que sa faillite. Et qui nous ramène au début de l’article, en démontrant la difficulté pour une administration gouvernementale de gérer « en bon père de famille », ce qui est la culture des entreprises et des marchés, mais pas du tout de l’Administration. La France a bien connu cette difficulté et ses nombreuses conséquences douloureuses pour le contribuable, comme l’affaire du Crédit Lyonnais, et tout indique que l’avenir nous réservera le même lot de coûteuses déconvenues.

Il y a à cette situation un curieux paradoxe. Les banques, nous dit-on, ont accru leur capacité de prêter grâce à leur capacité à revendre leurs crédits à d’autres après les avoir faits. C’est ce qu’on appelle la titrisation. Les prêts « douteux » des subprimes américains ont ainsi été revendus de par le monde. Et c’est l’assèchement de ce marché de la titrisation qui a empêché les banques de continuer à prêter puisque le mécanisme de revente état en panne.

Maintenant, on nous dit que les Etats, à commencer par l’Etat américain, vont forger une solution pour décharger les bilans bancaires de 3000 milliards de crédits douteux, moyennant quoi tout rentrera dans l’ordre sur le plan -certes critique, mais pas unique- de la capacité du système bancaire à financer l’économie mondiale.

C’est du grand n’importe quoi. La réalité, c’est que la banques ont, par des mécanismes nouveaux et créatifs, comme la titrisation et les CDS, prêté beaucoup plus que ce que leurs fonds propres eussent dû permettre en conservant des ratios prudentiels suffisants. Ratios dont la mise en place remonte à la crise des années 30, intervenue exactement pour cette raison. Nous sommes donc dans un schéma de « bis repetita » sous une forme et avec des moyens modernisés.

A partir de là, il n’est pas sorcier de conclure que:

soit

(1) on accepte que, pour que tout revienne comme un avant jugé a posteriori idyllique, on nettoie les bilans des banques, et elles recommencent à prêter « comme avant », ce qui veut dire qu’il y aura une même incapacité de leur part à faire face à une phase de ralentissement cyclique de l’économie. Bon appétit aux amateurs!

soit

(2) on nettoie le bilan des banques, et on les astreint, à travers une régulation plus restrictive, à ne plus prêter au delà de ce que leurs ratios prudentiels et donc leurs fonds propres permettent pour garder une marge de sécurité et de stabilité suffisantes, et alors il faut bien savoir que, leur capacité à prêter se trouvant fort réduite, il va bien falloir que l’économie mondiale se contracte pour s’adapter. Une gigantesque gueule de bois après la beuverie!

soit

(3) on augmente massivement les fonds propres des banques pour combiner prudence et volume. Mais d’où viendrait l’argent, et comment le rémunérer à la satisfaction des actionnaires? Sans compter qu’une telle ponction, de l’ordre de 1000 milliards de dollars, ne serait pas sans conséquence sur la capacité des États à financer leur gigantesques déficits publics, et provoquerait une hausse des taux d’intêrets, et une autre phase de ralentissement économique. Brrrr!

(4) les banques redeviennent les simples machines à distribuer du crédit qu’elle étaient devenues avant la crise, comme des agences de voyage qui distribuent des voyages. Le risque serait alors porté « ailleurs ». Pour le moment, cet « ailleurs » n’a qu’un seul nom: la signature des États. Mais on sait les États mauvais gestionnaires, et les banques mal inspirées quand ce ne sont pas elles qui payent pour leurs imprudences. Joyeuse perspective!

Au moment de conclure, les nouvelles de la Bourse d’hier. La seule « fuite » d’un memo interne du président de Citigroup, indiquant que la banque a été très rentable en janvier-février, a suffi à ce que les marchés mondiaux montent de 5-6%, montrant à quel point le rêve de tous est de revenir à un « avant ». On peut également méditer sur la désespérance et l’inconséquence d’une hausse de 5% des grandes bourses mondiales sur la base de la fuite d’un seule memo d’une seule banque portant sur deux seuls mois. C’est ce qu’on appelle du levier!

C’est dire si l’on est loin d’avoir trouvé la moindre solution. Dormez bien, braves gens, et, demain, en vous levant, n’oubliez pas de vous préparer à beaucoup consommer pour participer à redresser l’économie mondiale, puisqu’on vous assure -si, si, vraiment!- que tout va bien.

A l’hallali ! A l’Hadopi !

mars 10, 2009 on 9:37 | In Best of, C'est ça, Paris?, Economie, Elections présidentielles 2007, France, Insolite, International, Poil à gratter | Commentaires fermés

JusMurmurandi a décidé une fois de plus de faire le poil à gratter et d’entrer dans le vif du sujet avec cette fois la loi « Hadopi » destinée à sanctionner les personnes qui utilisent leur connexion internet afin de télécharger du contenu sans en acquitter les droits.

Mais avant que de conclure par ces piques que nous chérissons, tentons avec modestie et sans polémiquer de présenter les faits tels que nous avons pu en disposer.

D’un côté on regarde le côté économique de la chose où l’on nous dit que les « producteurs » de contenu, maisons de disques, artistes, réalisateurs de cinéma et distributeurs respectifs voient leurs oeuvres acquises illégalement, et par conséquent subissent un appauvrissement directement mesurable (baisse des ventes de disques, de fréquentation au cinéma etc.)

D’un autre, on entend les internautes qui se plaignent à pleins poumons sur les sites de journaux, blogs etc. que l’offre ne correspond pas à la demande, que la loi est liberticide, que l’on s’achemine vers un contrôle absolu de l’internet, que cette loi est contre l’esprit du filet (« net ») etc. etc.

Quelques éléments de réflexion. D’une part, rappelons nous lorsque la bonne vieille cassette audio est née dans les années 60, vierge de tout contenu, personne n’a hurlé que l’on allait copier un disque 33 cm pour son copain sans acquitter les droits d’auteur. On parle d’une question d’échelle, mais le principe de base est le même.

Deuxièmement, soyons clair, les possibilités de détourner la loi sont multiples. Et en particulier, si la France est seule à mettre en place une loi de ce type, autant dire que ce sera une goutte d’eau dans un vase et que n’importe quel internaute un peu débrouillard pourra aller se connecter au travers d’une autre machine dans un pays où le téléchargement est libre sans subir les foudres albanelliennes.

Troisièmement, se pose la question de ceux qui bénéficient de l’offre triple (téléphone, internet télévision); techniquement la ségrégation des trois services visant à interrompre uniquement la connexion internet est, à notre connaissance, irréalisable. Couper l’internet, c’est une chose, interrompre la liaison téléphonique, on ne joue plus dans la même cour.

Citons enfin que l’un des principaux fournisseurs de contenu au monde est Apple au travers de son iTunes, dont les musiques etc. ne sont accessibles qu’en mode protégé et… payant.

On le voit donc, la situation est complexe et il ne serait à la fois pas tolérable de piller les œuvres des uns sans pour autant entrer dans la société policée que d’autres brandissent comme un épouvantail (en toute naïveté ou incompétence – ou les deux; pour s’en assurer, faites un petit passage sur le site de la Commission de l’informatique et des libertés, www.cnil.fr, et vous allez rapidement prendre peur, alors que la loi n’est qu’en discussion -on sait tout de vous lorsque vous vous « promenez » sur le filet).

Bref, sujet complexe où il n’y a pas de réponse évidente.

Si ce n’est qu’il fait l’unanimité au parti socialiste, une fois de plus vent debout devant un projet gouvernemental, comme d’habitude. Et rien à proposer, comme d’habitude. Il est d’ailleurs à noter que tout le monde sait que l’industrie de la musique est en train de mourir du piratage, et que le film suivra, mais que personne ne fait rien. Sauf Hadopi.

Là où c’est encore plus croustillant que précédemment, c’est qu’une large majorité d’artistes, musiciens, compositeurs, cinéastes, acteurs (sauf peut être Sophie Marceau…) que la loi souhaite protéger est (ou en tout cas se dit) de gauche…..

Le PS est-il en train de tourner le dos à sa frange caviar ? Ou craint-il qu’afficher ses affinités avec le show-biz paraisse excessivement…bling-bling?

Brèves

mars 7, 2009 on 7:28 | In Best of, Coup de gueule, Economie, Elections présidentielles 2007, Europe, France, Incongruités, Insolite, Poil à gratter | 6 Comments

Emancipation de la femme.

Le Vatican par l’intermédiaire de sa feuille de chou, l’Osservatore Romano, fait l’éloge de la machine à laver le linge, qui a le plus contribué à contribuer à émanciper la femme, plus encore que la pilule ou l’avortement.

Et de conclure l’article en illustrant ce que ce bel ustensile ménager permet de faire  » Mets la lessive, ferme le couvercle et détends toi. »

Est ce ce que le Vatican compte faire avec Monseigneur Williamson en attendant qu’il revienne sur ses propos négationnistes sur les chambres à gaz ??

Déficit du budget de l’Etat

La vente des objets de collection de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent a atteint des sommets, 373 millions d’Euro. C’est une bonne nouvelle pour l’Etat français. Car transformer des objets de collection en monnaie sonnante et trébuchante rend les sommes immédiatement redevables de l’impôt sur la fortune, plus connu sous son acronyme d’ISF.

A moins que Pierre Bergé ne s’expatrie fiscalement bien sûr….

Airbus A 380 chez Air France: rendez l’argent ?

Tout le monde se souvient des cris d’orfraie poussés par les compagnies clientes car le programme a pris du retard. De nombreuses d’entre elles ont demandé des indemnités de retard.

La conjoncture se retournant, certaines demandent maintenant des reports de livraison, comme Air France.

Airbus va t elle se faire rembourser ses indemnités de retard ? Avec les intérêts moratoires, comme cerise sur le gâteau ?

2012

Ségolène Royal, rejetée par le PS, prend les devants et déclare prendre ses distances par rapport au parti et préparer 2012.

Elle va donc recentrer son action sur sa région, le Poitou Charentes afin « d’expérimenter des solutions à portée nationale ».

Le Poitou Charentes, quelle belle région, voilà (enfin ?) un défi à sa hauteur.

« Seconde Chance »

TF1 a décidé de ne pas donner de…seconde chance à l’émission éponyme.

Qu’en sera t il à Radio France en ce qui concerne Stéphane Guillon après ses propos sur Dominique Strauss Kahn ?


Guillon: Visite de DSK à France Inter, tous aux abris !

Lassalle cochon – ne faites pas de grève de la faim…

mars 7, 2009 on 12:28 | In Best of, France, Incongruités | 5 Comments

ça laisse des traces.

Jean Lassalle, le député MoDem qui s’est rendu célèbre pour avoir fait une grève de la faim pour tenter de maintenir une usine dans son département, s’est rendu à l’édition 2009 du salon de l’agriculture . Ecoutez l’interview qu’il a donnée, elle est…plus que cochonne.



JusMurmurandi ne voudra pas être à la place de son épouse la prochaine fois qu’elle va faire ses courses chez son boucher…

P.S. Quand on pense au petit nombre de députés MoDem (3) qui subsiste encore à l’Assemblée Nationale, si c’est ça le haut du panier…

Bombarder d’argent, Mandela et Mugabe

mars 6, 2009 on 7:12 | In Coup de gueule, Economie, France, Incongruités, International | 4 Comments

Les bombes pleuvent, tel est le cliché utilisé pour décrire un bombardement particulièrement intense. Il a plu des bombes sur l’Afghanistan, puis sur l’Irak, puis plus récemment sur Gaza. Ces bombes explosent dans le but principal de détruire des infrastructures, ce à quoi elles réussissent fort bien quand elles ne tombent pas sur des cibles autres que celles auxquelles elles étaient destinées.

Le résultat est que, si le décompte des morts d’une guerre « technologique » est beaucoup plus faible aujourd’hui qu’il y a un siècle, le champ de ruines qu’elle laisse est tel que toute vie décente est impossible. Plus d’eau potable, d’électricité, de transports. Pour rétablir un minimum de conditions de vie, il faut donc reconstruire.

Et c’est là qu’on assiste à une étrange démarche: on demande à « la communauté internationale » de payer la note, souvent pharaonique, de la reconstruction. Ainsi 4,5 milliards de dollars ont été promis pour la reconstruction de Gaza, alors même qu’il n’y a eu objectivement qu’une guerre de courte durée dans un tout petit territoire, et ce au milieu d’une crise économique gravissime qui met à mal la capacités financières de tous les États donateurs.

JusMurmurandi ne détestant pas de ressortir des souvenirs de son sac à malice, rappelle que c’est la France, perdante de la guerre de 1870, qui a du en payer les coûts, que c’est l’Allemagne, perdante de la première guerre mondiale qui a été condamnée à des « réparations », et que l’Union Soviétique s’est largement servie dans la partie orientale de l’Allemagne (encore!) après 1945.

On pourrait penser que ces exemples sont périmés, et que le lien entre l’Allemagne écrasée par le poids des exigences des vainqueurs de 1918 et l’Allemagne se donnant à Adolf Hitler qui promettait de la redresser fait que notre monde moderne ne se livre plus à de tels pillages. Erreur. C’est bel et bien l’Irak de Saddam Hussein qui a financé par ses exportations de pétrole le coût de la coalition de la première guerre du Golfe.

Alors au nom de quoi payer aujourd’hui pour Gaza, alors que chaque pays en pleine crise a tant d’autres priorités?

Sans doute au double nom d’une part de notre mauvaise conscience à voir les populations civiles souffrir d’une guerre qu’elles n’ont pas menée et conte laquelle elles ne peuvent rien. Une manière de tenir plus égaux les fléaux de la balance: soutien à Israël d’un côté, reconstruction de Gaza de l’autre. Et Israël ne saurait s’en plaindre, qui sait le prix qu’il y aurait à voir les gazaouis rejoindre en masse les rangs des suicidaires du Hamas. L’autre raison possible est la crainte de voir la guerre à Gaza se traduire par des violences sur le sol français. En attendant, le coût de la reconstruction est bel et bien pour des contribuables qui n’ont rien à voir avec le conflit.

La reconstruction s’impose aussi ailleurs, et plus près de chez nous, puisque c’est de la Guadeloupe qu’il s’agit. Les éructations de M. Domota qui donne aux chefs d’entreprise le choix entre appliquer un accord qu’ils n’ont pas signé et leurs organisations représentatives non plus, et quitter la Guadeloupe, -belle définition de la démocratie- ont sans nul doute causé des dégâts économiques importants. Qui peut aujourd’hui avoir envie de faire du tourisme en Guadeloupe, où les routes sont aussi bloquées que les relations sociales, et où le sentiment général est que la pression peut à tout moment causer une autre éruption?

Bref, là aussi, il va falloir reconstruire. Et là aussi, ce ne sont ni les uns ni les autres sur qui l’on peut payer, mais sur l’éternelle bonne volonté de ceux à qui l’on ne demande jamais leur avis, les contribuables.

Il ne faudrait pas oublier que c’est exactement cette situation, à savoir l’obligation de payer sans pouvoir donner son avis, qui a fait exploser les Révolutions américaine et française. Une majorité de Français sont aujourd’hui favorables à l’indépendance des DOM-TOM. M. Domota, que l’on dit lui aussi favorable à cette idée, ferait bien de mesurer ses paroles et de méditer le sort des colonies qui ont éjecté les Français. L’Algérie en particulier, autrement plus riche que la Guadeloupe grâce à son pétrole, est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, qui autrefois donnait aux Français de la métropole le choix entre la valise et le cercueil.

Un combat de libération et pour les droits de tous a donné au monde le prodigieux Nelson Mandela, dont on peut imaginer qu’il enfièvre l’imagination de M. Domota qui parle à tout moment du mot esclavage. Mais juste à côté, la même lutte a au contraire accouché du misérable Mugabe, qui, comme Domota, n’a que les mots de l’affrontement tandis que Mandela parlait de réconciliation, alors même qu’il sortait de décennies de bagne.

Ce n’est pas exactement la même chose.

Elie Domota

Euro-mystère, ou euro-misère?

mars 4, 2009 on 4:29 | In Economie, Europe, France, Incongruités, International | Commentaires fermés

Il n’est pas toujours bon d’avoir de la mémoire, cela permet trop souvent de rappeler à d’aucuns, experts en particulier, des prédictions qui ne se sont pas réalisées.

JusMumurandi se souvient en particulier de tous les prédictions apocalyptiques qui ont accompagné la naissance de l’Euro. Une monnaie unique pour des pays ayant des politiques économiques divergentes ne saurait survivre, affirmaient toutes les sommités en matière économique.

Le fait est là, une tornade d’une ampleur sans précédent a balayé le système financier mondial, et l’euro est toujours là. Et il suffit de regarder le sort des monnaies restées « indépendantes » de l’euro pour voir la différence. Forint, zloty, couronne ont perdu de 15% à 30% de leur valeur face à l’euro depuis novembre, non pas dans une volonté affirmée de dévaluation compétitive, ou à cause d’une baisse des taux d’intérêts pour vigoureuse que chez nous pour mieux relancer la machine, mais à cause d’une fuite devant ces « petites » monnaies assises sur des économies nationales que la crise fragilise. Quant au rouble, il combine grande faiblesse et taux d’intérêts élevés, un couple véritablement infernal pour l’économie et la population russes

Et c’est à ce moment qu’on assiste à une double interrogation en apparence contradictoire: certains pays sont en difficulté avec leur appartenance à la zone euro, comme la Grèce, ou, à un moindre degré, l’Italie, et des articles de presse commencent à évoquer leur possible abandon de la monnaie unique pour revenir à une monnaie nationale. Et, dans le même temps, des pays d’Europe centrale, Pologne notamment, demandent une accélération du calendrier de leur adhésion à la même monnaie unique.

Quel est donc cet euro-mystère?

Tout simplement, les finances publiques grecques sont, avant même la forte dégradation qu’entraînera la crise, en état lamentable. Trop de déficits, trop de dette publique accumulée font que le remboursement de cette dette est aujourd’hui considéré comme incertain, et que la Grèce peut être tentée de se demander si ne pas la rembourser n’est pas une option attractive. Comme la Grèce avait déjà menti outrageusement sur la réalité de ses performances financières pour obtenir son accession à la zone euro, ce précédent de flibuste financière n’inspire pas particulièrement confiance aux investisseurs. D’où des difficultés pour la Grèce à trouver preneur pour ses émissions de dette souveraine, ce qui n’est évidemment pas bon pour l’euro, monnaie actuelle de la Grèce.

Quel avantage la Grèce pourrait-elle trouver à sortir de l’euro? Le « droit » de dévaluer sa monnaie, ce qui la rendrait plus compétitive à l’exportation. Les vacances en Grèce, par exemple, seraient plus compétitives que celles, aujourd’hui mois chères, en Croatie voisine. Et, évidemment, qui peut dire que la perspective de ne pas payer ses dettes ne présente pas d’attrait pour les mauvais sujets? Ceci dit, comme toujours, une telle dévaluation compétitive se paye par une inflation importée, et une augmentation immédiate du poids de la dette étrangère.

Tandis que l’adhésion de la Pologne, par exemple, à l’euro, se traduirait par la fin de la baisse de sa monnaie, et la capacité améliorée à lever de la dette, vu le plus grand appétit des investisseurs pour la dette en euros qu’en zlotys. Cela dit, les inconvénients subis par les Grecs seraient alors ressentis par les Polonais: dans un premier temps il faut assumer une devise forte, qui ne permet pas d’ajuster son cours à la baisse quand les voisins et concurrents le font. Ensuite, s’ils lèvent trop de dette, l’euro devient comme un corset qui ne leur laisse plus les libertés louches qu’on peut prendre avec sa propre devise.

Et, après avoir beaucoup emprunté, ils pourraient se retrouver à leur tour tentés d’en sortir pour retrouver leur liberté de manœuvre.

Cela veut-il dire que tous les pays de la zone euro seront attirés, à un moment ou à un autre, par l’idée de quitter la monnaie unique, source de leurs euro-misères?

Comme le dit l’adage:  » quand je me regarde, je me désole (et comme c’est vrai en ce temps de crise), quand je me compare, je me console ». Force est de constater, si l’on mesure l’intensité de la crise à la « croissance » (vu qu’elle a été négative partout, j’ai du mal à employer ce mot, mais parler de « décroissance » ne serait pas encore clair pour vous tous, nos lecteurs) du 4e trimestre 2008, la comparaison de la zone euro avec la Grande Bretagne, le Japon, la Corée ou les Etats-Unis montre que cela va encore nettement plus mal chez les autres grandes économies occidentales que chez nous.

Mais enfin, un grand européen, Jules César, qui, lui, a réussi à inclure l’Angleterre dans l’Europe qu’il a construit, a dit qu’il préférait « être premier dans un petit village italien que deuxième à Rome ». Peut-être la Grèce préfère-t-elle être bannie par les marchés financiers et ligotée par les exigences du FMI, mais libre de sa monnaie que de participer à l’auberge espagnole de l’euro?

Cela montrerait que certaines choses sont sans prix. Surtout à un moment où la monétisation à outrance de notre mode de vie et de notre civilisation montre ses limites, le relais peut-il être pris par autre chose que par le retour de valeurs plus essentielles?

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